Jeudi 31 mars 4 31 /03 /Mars 18:00

 

 

Préambule

Ça fait quelques temps que ca me titille de revenir parler culture kenyane par ici. Mais l’exercice est un peu plus difficile que de raconter mes aventures aux quatre coins du pays (« toujours en vacances, celle là, tssss). Sans compter que parler de la différence culturelle revient souvent à avancer sur le fil du rasoir – difficile de ne pas tomber dans les  clichés. Mais je tente ma chance, avec pour seule source mes observations effectuées au cours de cette année (wesh, plus de 11 mois déjà, c’est pas fou ça ?)

Donc :

 

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1/  Jamais au grand jamais, ton sang-froid tu ne perdras


Règle de base : pas de cris, pas d’éclats, c’est très mal vu pour un kenyan, voire choquant. Ce qui peut donner lieu à des incompréhensions, tant dans le cadre personnel que professionnel. De notre côté, avec notre culture latine à sang chaud, on va vite avoir tendance à donner de la voix, à pousser une bonne gueulante si quelque chose ne va pas. Et puis oublier sa colère dans les 5 minutes qui suivent. Du côté kenyan, ça sera majoritairement perçu comme grossier, voire puéril. Perdre le contrôle de soi, c’est aussi risquer d’être méprisé pour avoir fait preuve de faiblesse.


Je me souviens d’un matin où je suis arrivée avec plus d’une heure et demi de retard à cause d’un chauffeur qui avait « oublié » qu’il était supposé passer me prendre. Comme il est quand même difficile de me faire sortir de mes gonds (pas comme certaines portes janssenniennes….), j’ai juste fait une légère remarque (absolument non-gueulante) où devait transparaitre  (un peu) mon agacement. Fissure dans mon calme olympien habituel. Et bien 6 mois après, discussion avec un autre chauffeur : « ah, oui, la fois où Dixon n’est pas venu te chercher ! Je me souviens ! T’étais drôlement énervée ! » (WTF ?!).


J’ai l’impression que c’est très kenyan cette tendance à éviter les conflits. Source de malentendu parfois… Par exemple, Wambui, la nana qui gère notre studio de danse, a voulu modifier nos horaires et changer notre prof. Alors, plutôt que de nous prendre entre 4 yeux pour nous dire, « alors voila les filles, je vous déplace le cours au mercredi pour x et y raisons, et puis tel prof qui travaillait avec nous l’an dernier est revenu d’Europe, donc on le reprend », et bien elle nous a dit : « ouiiiiii, alors j’ai ce nouveau prof  sous la main, vous ne voudriez pas essayer, juste histoire de me dire ce que vous en pensez, et bon, comme vous avez cours le lundi et vendredi, on place ce cours mercredi ? ». Autant dire que quand le nouveau prof en question nous a dit « alors, à vendredi ! », on a pensé très fort, là, y’a baleine sous gravillon (félonieeee !), alors que Wambui pense probablement avoir fait les choses de la manière la plus diplomatique possible.

 

baleine-sous-gravillon.jpg Non, non, on ne se doute de rien...


Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai jamais vu un kenyan s’énerver, mais ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas exploser, parfois. Seulement, j’ai l’impression que leur seuil est beaucoup plus élevé que le nôtre, et quand on le dépasse… aie aie aie… voire couic. Une manière très définitive de faire « disparaitre » le problème. Mais la valeur de la vie n’est pas cotée pareil ici. Je pense que quand tu vois autant de gamins mourir en bas âge, d’adultes crever de maladies, la mort devient plus « banale ». Il y a quelques temps, dans le quartier, un voleur s’est fait descendre sans sommation dans la rue, par des flics. Et personne ne sourcille. Normal quoi. On a aussi une amie qui s’est fait voler son sac à main dans la rue ; elle a voulu crier, mais les amis kenyans avec qui elle était lui ont dit : « non, si tu n’as rien de trop important dans ton sac, ne crie pas, parce qu’il va se faire lyncher par la foule dans les 5 minutes… parce que les gens ont conscience que voler des mzungus, c’est mauvais pour le tourisme, et ils vont le caillasser »…


Mais laissons là ces joyeuses considérations pour poursuivre notre guide de bonne conduite.

 

2/ Prendre ton temps tu devras (Polé polé Rule)

 

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Yep, ce qui me connaissent savent que j’applique parfois le ¼ de retard marge montpelliérain, même si je n’ai pas développé cet art autant que mon petit frère. Mais un peu de retard, c’est aussi de la politesse, surtout quand on est conviés à un diner. D’ailleurs, c’est cet américain aux talents culinaires époustouflants (non, non, je ne suis pas ironique, c’est la personne qui cuisine le mieux que j’ai rencontrée de ma vie), qui nous disait « quand j’invite des français, je compte toujours qu’ils aient un quart d’heure de retard ». Là-dessus, Goodie, une kenyane également de la partie, explique que chez les kenyans, ce serait plutôt 3 heures…


On en a discuté avec Mary, notre prof de kiswahili. C’est une manière complètement différente de percevoir le temps. Déjà, les heures kenyanes ne se comptent pas pareil que les heures occidentales. En gros, 7 heures du matin, c’est une heure du matin, donc midi, c’est 6 heures en kiswahili, etc. (donc si tu as suivi, 5h du soir c’est combien ?). C’est assez logique finalement : le soleil se lève vers 6 h, donc, 7h, c’est grosso modo une heure après le lever du soleil. Tout est dans ce « grosso modo ». Il faut dire qu’on est proche de l’équateur, donc il n’y a pas beaucoup de variation dans la longueur des jours. On va dire que le soleil se couche vers 7h du soir en décembre, et vers 6h30 en juillet.   Bref, le temps se compte un peu à la louche, on n’est pas à une heure près, hein ?


Et pour beaucoup de choses, c’est « pole pole » (tranquilou loulou pour ceux qui ne maitrisent pas encore les bases). Faut pas être stressé de la vie au resto, au supermarché (et alors imaginez la poste…). Parfois, quand je fais les courses et que je m’endors en attendant qu’on passe tous mes articles et qu’on me les mette dans les sacs (oui, il y a toujours quelqu’un qui le fait pour toi), je repense au rush que c’est à Paris, c’est le défi suprême, réussir à remplir tous tes sacs avant que le caissier ronchon ne commence à te balancer les yaourts du client suivant à la gueule… Maou, et je viens de me rappeler qu’on doit aussi payer les  sacs plastiques en France !


Je ressens déjà pas mal ce côté Pole pole ici, à Nairobi, la capitale, alors que c’est l’endroit où les gens sont supposés être les plus speed et stressés (rien à voir avec les parisiens, ceci dit). Mais il parait que sur la cote c’est encore plus relax, max. Ca doit être l’influence des cocotiers !


3/ Négocier comme un marchand de tapis tu apprendras

 

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Muy importante. La négociation, c’est incontournable, c’est un jeu. Tu noteras qu’il faut avoir un peu de temps, ce qui est très en accord avec notre règle no2. Attention, on ne négocie pas à Nakumatt, et autres temples de la consommation. Tu peux négocier sur les marchés, pour tes légumes, tes fringues, tes bijoux…


Postulat : si tu es blanc, le prix qu’on te proposera sera 3 à 10 fois plus élevé que celui que tu es supposé payer. 10 fois, c’est pour le marché masaï. Alors, comment bien réussir sa négociation ?


Tout d’abord, aborder le vendeur en kiswahili, c’est tout de suite des points bonus. Tu peux dire «  Habari ya leo ? » (comment ça va aujourd’hui ?). (Pas Jambo on a dit, c’est pour les touristes !)


Ensuite, entrons au cœur du sujet. Tu veux vraiment cet ananas/ces boucles d’oreilles /cette lance masai. Demande combien ça coute : « Pesa ngapi ? » (ok, ca fait un peu baby-kiswahili, « combien d’argent ? », donc  si tu te le sens, dis plutôt « Unauzaje nanasi/vipuli/mkuki masai ?»). Là, soit on t’annonce un premier prix, soit on va essayer de te forcer à en annoncer un (une vieille technique bidon au marché masaï consiste à te faire écrire tes prix sur un papier journal). Ne te laisse pas faire, insiste pour que le vendeur  fixe un prix le premier. Selon sa réponse, tu as le droit de rigoler si le prix est trop élevé (mais on ne s’énerve pas on a dit, règle no1). Tu peux dire « Ghali sana ! » (c’est cher !).  Ensuite, tu annonces un prix en dessous de celui que tu es réellement prêt à mettre. Et tu peux jouer à monter un petit peu, jusqu'à ce que les deux y trouvent leur compte. Au cas où ça n’aboutisse pas ou que ça traine en longueur, faire semblant de partir est une bonne option. Ou alors, dire « Sina zaidi » (« je n’ai pas plus »), ou bien « Punguza bei kidogo » (« baisse un peu le prix »).


Et voila, tu sais négocier comme un kenyan, n’oublie pas de dire « Asante sana, kwaheri » en partant !

 

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Par Léa - Publié dans : Everyday life
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